Résumé de l’article
Cet article défend le principe, très répandu au sein de nos sociétés modernes, d’une automédication familiale, pour autant que cette autonomie thérapeutique soit raisonnable, raisonnée, et encadrée par un praticien de soins de santé.
L’article met l’accent sur la parfaite complémentarité entre deux visions de la médecine, pourtant diamétralement opposées dans leur fondement : l’allopathie versus l’homéopathie. La médecine, quel que soit le nom qu’on lui donne, demeure un Art - non dépourvu d’aléas.
Toute automédication comporte des risques
L’homéopathie est une médecine à part entière et toute médecine est affaire de médecin. Il est donc logique qu’il utilise tous les moyens de diagnostic moderne, notamment l’anamnèse ou l’historique de la maladie, et l’examen clinique. Au moindre doute, il n’hésitera pas à recourir aux examens dits paracliniques : radiographies, prise de sang, etc. Un médecin homéopathe a bénéficié d’une formation classique dans l’une ou l’autre université où le vocable homéopathie est hélas encore tabou. Ce comportement intransigeant d’hommes de science censés penser universellement est regrettable car un scepticisme basé sur des a priori n’a pas sa place dans les milieux scientifiques, surtout lorsqu’il s’agit de la politique de santé. Inversement, un médecin homéopathe qui rejetterait tout acquis de la médecine conventionnelle au seul profit du dogme, faillirait à son devoir déontologique de prodiguer à son malade les meilleurs soins possibles.
Confrontés aux pathologies courantes dans leur pratique quotidienne, les médecins homéopathes pratiquent en fait une approche mixte. Là où un remède conventionnel s’impose, ils n’hésiteront pas à l’utiliser. Un exemple classique est celui de la pneumonie chez l’enfant pour laquelle une antibiothérapie est obligatoire. Simultanément, votre médecin homéopathe va prescrire le remède dilué et dynamisé qui se rapproche le plus du mode réactionnel de l’enfant. Ajoutons toutefois qu’un médecin homéopathe va rarement avoir recours à une antibiothérapie en première intention dans les maladies bénignes. En revanche, les médecins non conventionnels sont fréquemment confrontés aux effets secondaires des antibiotiques lorsqu’ils ont été prescrits trop souvent à tel point que la Santé publique met régulièrement en garde les prestataires de soins sur ce sujet délicat des effets secondaires : multirésistance des germes microbiens, surtout en milieu hospitalier ; allergies alimentaires ; carence en sels minéraux ; faiblesse du système immunitaire, etc.
Attention ! Vous allez faire de l’automédication…Le signe d’une maladie est parfois la partie émergée de l’iceberg : la plus grosse partie de la glace se situe sous la surface de l’eau. Autrement dit, derrière une plainte d’apparence banale peut se cacher une maladie grave. D’autre part, il est indéniable que l’automédication est une pratique répandue. Qui n’a pas son cachet d’aspirine sous la main en cas de mal de tête ? Il existe d’autres exemples d’automédication, tels que la prise d’un anti-inflammatoire dans les poussées d’arthrose, ou la prise d’un comprimé sublingual de dinitrate d’isosorbide ou Cedocard® dans les crises d’angine de poitrine. Il est difficile d’approuver cette manière de faire, qui, toutefois, correspond à une réalité journalière et à une demande du public. Au sein de nos sociétés démocratiques et libérales, tout citoyen lambda est à la recherche d’une certaine autonomie de confort et ne souhaite pas déranger le médecin pour ce qu’il prend pour des broutilles. A tort ou à raison ? C’est là tout le débat sur l’automédication !
En règle générale, toute maladie requiert l’avis du médecin. Les petits maux du nourrisson et de l’enfant et les maladies infantiles par exemple sont en théorie banals, mais loin d’être innocents ! Tout ouvrage correct traitant d’automédication met l’accent sur ses limites en incluant des signaux d’alarme qui justifient un avis médical. Dans ce contexte, et en ce qui concerne l’homéopathie en automédication, vous allez non pas traiter mais accompagner le malade et sa maladie. Seul votre médecin est à même d’entamer un traitement proprement dit ! S’il prescrit uniquement un remède conventionnel, vous serez en mesure, grâce à votre pharmacie homéopathique familiale, d’accompagner utilement sa prescription. S’il s’agit d’un traitement prescrit par un médecin homéopathe, il n’est pas exclu que le syndrome réactionnel se modifie rapidement et que vous ne puissiez pas joindre momentanément le médecin. Dans l’attente de sa visite, vous pourrez accompagner le nouveau syndrome réactionnel par un ou plusieurs remèdes en basse potence, 30K ou 5CH par exemple.
Allopathie versus homéopathie
Les vocables allopathie et homéopathie ne devraient pas susciter d’antagonisme, car ils peuvent être utilisés en parfaite complémentarité. Il n’en demeure pas moins vrai que l’immense majorité des médecins pratique exclusivement la médecine conventionnelle. Votre médecin risque donc de réagir de manière sceptique si vous abordez le sujet. En effet, selon sa formation, chaque praticien suit sa propre déontologie et ses propres convictions, tout autant respectables car elles sont basées sur une sincère méconnaissance de la « loi » d’analogie, vue sous un angle authentique. Inversement, un médecin appréciera en toute honnêteté que vous jouiez carte blanche et que vous souhaitiez un compromis entre son approche médicale conventionnelle et votre vision de l’automédication au moyen de votre pharmacie familiale homéopathique. L’idéal pour les malades serait que nos étudiants en médecine reçoivent une formation complémentaire en homéopathie et que les médecins conventionnels travaillent en étroite collaboration avec les médecins homéopathes afin de se tenir mutuellement au courant des avancées et des traitements souvent complémentaires. Nous n’en sommes, hélas, pas encore là, et vos sympathies pour l’homéopathie ne seront pas toujours appréciées à leur juste valeur. En témoigne cette anecdote :
· Je soignais, en catimini ! l’épouse de mon confrère et ami « D. », ardent défenseur de la médecine conventionnelle. Cette dame, que j’appellerai Madame « M », souffrait de maux de tête chroniques et avait déjà bénéficié de mes soins bien avant qu’elle ne connaisse « D ». Elle était devenue une adepte convaincue de l’homéopathie. Un beau jour, Madame « M » se fait prendre, la main dans le sac dirons-nous, lors de la prise de granules de Belladonna 30K. « D » lui prend le tube des mains et, le regard noir, se met à avaler tout son contenu : « Tu vois, lui dit-il, j’ai tout avalé et il ne se passe rien, tout ceci n’est qu’une vue de l’esprit ». Effectivement, rien ne pouvait se passer puisque la Belladone diluée et dynamisée ne pouvait agir que sur un malade ayant réagi préalablement et authentiquement à partir de la production (création…) de l’Essence de Belladone. C’était le cas de la céphalée battante de Madame « M ». Lors des crises, elle sentait battre ses carotides ; son visage devenait très rouge, la peau dégageant de la chaleur ; ses yeux étaient injectés avec les pupilles en mydriase ce qui provoquait de la photophobie. Bref, un beau syndrome réactionnel de Belladonna justiciable d’un Similimum !
Il n’y a pas de médecine miracle
Certains malades souffrant de maladies chroniques réagissent difficilement à un traitement homéopathique à ses débuts. L’on assistera même à une légère recrudescence des plaintes lors des premiers jours suivant la prescription. Cette aggravation correspond à une certaine logique, puisque le remède homéopathique est censé cibler des organes et des systèmes déficients ; la réaction thérapeutique, même si elle est bénéfique, provoque parfois des remous dirons-nous, dont vont se plaindre certains malades ! En fait, il s’agit d’une réaction dite homéopathique qui est de bonne augure.
Parfois, la réaction bénéfique se fait attendre. Faut-il alors perdre confiance dans l’homéopathie ? Bien sûr que non ! La médecine homéopathique, tout comme sa consœur conventionnelle, est un Art et non pas une science exacte, et l’on déplore également des échecs avec certains traitements conventionnels. Il serait vraiment dommage de dénigrer l’homéopathie parce que le miracle ne s’est pas accompli aussitôt après une première consultation. En règle générale et lors d’une consultation bien conduite, en présence d’une maladie chronique il est possible de cibler très vie un similimum ou plusieurs similia chez un malade, ce qui ne veut pas dire qu’il va guérir immédiatement, bien sûr. En revanche et si le remède est bien ciblé, l’on peut raisonnablement espérer qu’une amélioration progressive, confirmée par le malade, va s’installer dans les semaines qui suivront. De toute façon, ne nous faisons pas d’illusion : la médecine, qu’elle soit conventionnelle ou non, sera toujours une leçon d’humilité permanente. En témoigne, cette maxime célèbre que l’on attribue à la fois à Ambroise Paré et à Louis Pasteur : « Guérir parfois, soulager souvent, consoler toujours ».