Résumé de l’article
Destiné aux praticiens de soins de santé, le présent article met l’accent sur l’esprit de tolérance au sein d’une pratique conventionnelle face à des malades qui pensent autrement. Contraires et Semblables sont parfaitement compatibles au sein d’une même prescription où la substance pondérable côtoie la potence infinitésimale, ou vice-versa. En témoignent, les exemples d’une pratique mixte repris dans l’article.
L’article est également un appel à la tolérance d’esprit au sein des écoles d’homéopathie qui se disputent le monopole de l’enseignement des Authentiques à partir d’une vision diamétralement opposée de leur prescription : l’unicisme hahnemannien et anglo-saxon versus le pluralisme à la française. Le présent article étoffe ce dualisme.
Posologie versus potence
Remplacer le terme de posologie par celui de potence, indique que vous allez entrer dans le monde infinitésimal et fascinant de l’homéopathie. Quelle potence utiliserez-vous à vos débuts ? C'est une question difficile. Lors de mes premiers pas sur un terrain que je considérais alors comme glissant, j'ai utilisé avec prudence de basses potences : la « 4CH » ou la « 5CH », par exemple, lesquelles m’ont permis de demeurer sous le seuil d’Avogadro, la « 12 CH », au-delà duquel la science moderne estime que le remède préparé selon les préceptes d’Hahnemann ne contient plus de substance active. J’ai aussi utilisé la « 30K » à mes débuts ce qui m’a causé quelque problèmes de conscience ! car cette potence korsakovienne, de par sa préparation spécifique, est fortement dématérialisée ; pour rappel, une potence de « 30K », signifie que le tube a été vidé 27 fois de son solvant et rempli à nouveau d’une solution hydro-alcoolique.
Le choix de la bonne potence va dépendre de plusieurs facteurs dont le premier est l'expérience. Au fur et à mesure de votre progression dans la connaissance de l’homéopathie, vos succès thérapeutiques vous donneront plus d'assurance et vous prescrirez des remèdes de plus en plus profonds. Par profonds, j'entends bien sûr que vous utiliserez des potences de plus en plus élevées ! Ceci sera lié à votre connaissance toujours plus grande des Matières médicales que vous utiliserez ; bien sûr, si vous être convaincu du bien-fondé des Semblables, vous allez entamer une formation. Malheureusement, sachez que deux écoles s'opposent diamétralement dans ce domaine primordial qu’est l’apprentissage de l’homéopathie : d’un côté, l'école anglo-saxonne, dont Kent est le précurseur, qui privilégie les potences korsakoviennes selon une vision dite « uniciste » : un seul et unique remède par malade. De l'autre, l'école française, dont Léon Vannier fut le fer de lance, et qui applique une vision dite « pluraliste » de l’homéopathie en utilisant préférentiellement les potences centésimales hahnemanniennes de plusieurs remèdes qui seront considérés comme complémentaires et administrés de manière alternée. Si les deux écoles de pensée s’efforcent de respecter le trépied de Hering lors de l’approche holiste du malade, force est de constater que la vision anglo-saxonne, se réclamant de l’Organon, défend farouchement le principe d’un seul syndrome réactionnel par malade et donc d’un seul remède. Dans la vision française, bien plus souple, différents syndromes réactionnels peuvent coexister ou se succéder rapidement pour une même situation pathologique. Cette mosaïque réactionnelle comprend différents remèdes dits complémentaires. Les deux méthodes ont leurs avantages et leurs inconvénients, mais vous devrez les maîtriser toutes les deux, car elles peuvent très bien coexister au sein d’une pratique demeurée conventionnelle.
Revenons à Hering, sa « loi », et son « tabouret ». En fait, il s’agit d’une pyramide réactionnelle dont on distingue trois niveaux. La synthèse de ce qu’on peut appeler un « trépied clinique » permet d’établir un diagnostic homéopathique précis. Le sommet de cette pyramide correspond à des signes locaux qui forment le plus souvent le motif de la consultation ; la partie centrale est le trouble fonctionnel général ; la base est constituée par l’état mental du malade. Vous pouvez inverser cette pyramide si le facteur causal est psycho-émotionnel et placer tout en haut le profil mental, puis, au centre, des troubles somatiques généralisés et, à la base, un ou plusieurs signes périphériques. Notez qu'une maladie peut commencer à n'importe lequel de ces trois niveaux, puis atteindre les autres niveaux si la médecine n'intervient pas à temps. Il est également vrai que le malade ne vous consultera souvent qu'en raison d'un trouble à l'un de ces trois niveaux. C'est à vous de brosser un tableau complet du syndrome réactionnel à partir de votre anamnèse.
L’unicisme hahnemannien
Dans le cas d'un abcès périphérique naissant, vous observez les symptômes connus de la médecine : rubor, calor, dolor, avec aggravation au moindre contact, une « modalité » désignée par le signe « < » dans la littérature homéopathique. Il s’agit-là d’une plainte fonctionnelle locale. Si l'infection s'étend, une fièvre apparaîtra et peut-être allez-vous diagnostiquer des signes de dissémination bactérienne dans d'autres organes (valves cardiaques, reins). Il s'agit là de plaintes fonctionnelles générales et graves qui feront intervenir les Contraires. Enfin, l’élévation de la température corporelle peut finir par désorienter votre malade qui se met à halluciner. Son visage est rouge de fièvre et ses pupilles sont en mydriasis. Vous avez là un symptôme mental qui parachève votre pyramide réactionnelle qui est celle de Belladonna ou Belladone. Outre l’intervention prioritaire de la chirurgie (ubi pus, ibi evacuat !) et la prescription de pénicilline, vous pourrez recourir à l’homéopathie uniciste et par exemple prescrire : R/ Belladonna MK, une dose-globules.
Un patient consulte pour des tremblements dans les membres inférieurs (symptôme local périphérique) et se plaint d'apathie et de fatigue intellectuelle (symptômes mentaux). Il s'avère également qu'il souffre de vertiges accompagnés de douleurs occipitales et qu'il a l'impression que son rythme cardiaque ralentit tellement qu'il se sent obligé de rester en mouvement de peur que son cœur ne s'arrête (symptôme général avec une seule modalité d’amélioration : « > » par le mouvement). Les problèmes ont commencé après une frayeur intense (signes étiologique). La progression est ici la suivante : cause émotionnelle, symptômes généraux et mentaux et symptômes périphériques. Dans la plupart des cas, votre patient ne verra pas le lien entre tous ces symptômes et leur primum movens. Dans ce cas, la consultation peut être motivée aussi bien par la fatigue que par les troubles du rythme cardiaque ou la faiblesse des membres. En tant que médecin, vous savez que le tableau réactionnel global correspond à Gelsemium, ou Jasmin jaune, que vous pourrez prescrire en complément de votre accompagnement psychologique : R/ Gelsemium MK, une dose-globules.
Les patients qui abusent de la nourriture et de la boisson se présenteront devant vous pour un pyrosis, des douleurs au niveau de l'hypochondre droit du au gonflement du foie, de la constipation avec ténesme, compliquée d’hémorroïdes. Ils deviennent irritables avec des accès de colère, dorment mal la nuit mais peuvent récupérer pendant la journée après un court sommeil (troubles mentaux avec une seule modalité : « > » après un court sommeil). Ils présentent des crampes dans les mollets (symptôme périphérique et local). Voici la progression : symptômes digestifs généraux, symptômes mentaux (avec une seule modalité), symptômes périphériques. Il s'agit d'un tableau réactionnel complet de Nux vomica ou Noix vomique. Votre prescription : R/ Nux vomica MK, une dose-globules. Le primum movens de la consultation était le trouble digestif, mais, pour le même prix ! dirons-nous, le malade aurait pu vous consulter pour des crampes dans les mollets ou pour de l'insomnie.
Un ou plusieurs symptômes font donc partie (sommet, base, étage intermédiaire) d'une pyramide réactionnelle dont le contenu obscur pourra être mis en lumière grâce à votre esprit synthétique. Même si le tableau clinique est limité, vous devez continuer à rechercher minutieusement d'autres symptômes qui peuvent donner une image globale de l'Homme réactionnel. Ces petits détails, que l'on appelle également « des concomitants » dans le jargon homéopathique sont souvent topographiquement éloignés des symptômes initiaux. Ce sont pourtant ces « concomitants » qui vous donneront la clé du diagnostic réactionnel global.
Les remèdes d’hyperchlorhydrie, tels que Bismuth, le sous-nitrate de bismuth, Kali bichromicum, le bichromate de potassium, Argentum nitricum, le nitrate d’argent, et Iris versicolor, l’Iris bigarré, se révèlent principalement par des concomitants typiques et non par les symptômes gastriques, qui sont généralement atypiques ! Avec Bismuth, on observe des maux de tête alternant avec des douleurs gastriques. Il y a une douleur supra-orbitale droite qui s'étend à l'occiput. Kali bichromicum présente une alternance de douleurs gastriques et de douleurs rhumatismales qui se déplacent rapidement. Argentum nitricum présente des mucosités dans la gorge et est pressé dans tout ce qu'il fait (marcher, manger). Iris versicolor présente une migraine précédée de troubles visuels et de symptômes rhumatismaux. Vous voyez, pour un seul diagnostic nosologique en médecine conventionnelle (gastrite avec ou sans ulcère), vous pouvez, grâce aux concomitants, établir quatre diagnostics réactionnels différents en homéopathie et traiter votre patient de manière approfondie, ce qui, lors de la phase inflammatoire aiguë d’un ulcère ne doit pas vous empêcher de recourir aux antiulcéreux classiques.
L'unicisme est une vision thérapeutique proposée par Hahnemann lui-même et promue par la plupart des homéopathes chevronnés. Vous prescrivez une haute potence d’un seul remède considéré tel le Similimum : généralement, une 200K ou une MK, et vous laisser travailler le remède en profondeur. Ce remède unique est censé résoudre l'ensemble des problèmes (locaux, généraux et mentaux) du patient. Il s'agit d'une vision thérapeutique qui respecte scrupuleusement la « loi » de Hering et son « tabouret » ou « trépied » réactionnel. Dans les exemples précédents, vous obtiendrez de beaux résultats avec une prescription unitaire de Belladonna, Gelsemium, Nux vomica, etc. Je dois avouer que les prescriptions d’un seul remède me procurent la plus grande satisfaction dans ma pratique, mais je dois cette vision uniciste à des années d'expérience, où les moments forts ont alterné avec de grandes déceptions. Probablement par manque de ce sixième sens, que l'on n'acquiert qu'après de nombreuses années d'expérience quotidienne de l'homéopathie et qui permet de saisir un image réactionnelle profonde et globale du patient. Les homéopathes qui travaillent strictement selon la méthode d'un remède unique sont qualifiés d’ « unicistes » et considèrent le Répertoire de Kent et l'Organon de Samuel Hahnemann comme de véritables bibles. Les maladies chroniques, caractérisées par un profil psycho-émotionnel qui a eu le temps d’imprégner le malade, réagissent bien à une approche uniciste. Mais il faut viser juste ! et c’est là où la bât blesse car la Roche trapéenne n’est jamais loin du Capitole… En cas de réussite, c’est la gloire pour le prescripteur ; en cas d’échec, c’est l’opprobre d’un malade déçu pour toujours de l’homéopathie comme j’ai pu hélas en faire l’expérience à mes dépens tout au long de ma carrière…
Un exemple est l'eczéma chronique sec (symptôme local) chez un enfant malingre en pleine poussée de croissance, qui a très soif et utilise avidement la salière (symptôme général), qui est par ailleurs très introverti et aime s'isoler dans sa chambre (symptôme mental). Ce type d'eczéma réagira probablement bien à Natrum muriaticum ou chlorure de sodium, qui recouvre de manière réactionnelle les symptômes susmentionnés, du physique au mental. D'un point de vue uniciste, ce schéma réactionnel peut conduire à la prescription homéopathique dite en échelle : R/ Natrum muriaticum 200K, MK et XMK, une dose de globules de chaque ; 2OOK le jour 1 ; MK le jour 2 ; XMK le jour 3. La potence 200K est centrée sur les problèmes somatiques loco-régionaux (l'eczéma) ; la potence MK est supposée entrer en résonance avec la biochimie perturbée du chlorure de sodium, caractérisée par une grande soif et une forte envie de sel. La XMK va traiter le volet psycho-affectif du schéma réactionnel et notamment la tendance du malade à s’isoler. Ce mode de prescription, à quitte ou double, demande une grande assurance diagnostique dans le chef du médecin homéopathe et le malade devra faire preuve de beaucoup de confiance et de patience car cela peut prendre des semaines avant que le remède opère la transformation bénéfique du syndrome réactionnel.
Une prescription uniciste typique est la cure en potences korsakoviennes croissantes. C’est un mode thérapeutique que j’affectionne tout particulièrement. Une cure se présente sous la forme d'une grande boîte plate contenant 30 gélules, numérotées de 1 à 30. Dans l'exemple précédent, votre prescription ressemblera à ceci : R/ Natrum muriaticum 6K/MK, 30 gélules. S/ Suivre la numérotation : une gélule par jour. Les gélules 1 et 3 contiennent une 6K, les gélules 6 et 9 une 12K, les gélules 12 et 15 une 30K, la gélule 20 une 200K et la gélule 30 une MK. Les autres gélules ne contiennent que du lactose et sont là pour faire de la figuration en quelque sorte. En fait, l’on est en droit de se demander si ces gélules sont réellement inactives. Je ne le pense pas, car la plupart des patients qui réagissent favorablement à un traitement bien conduit le font par une légère aggravation dite homéopathique et mentionnent cette dernière lorsqu'ils prennent la gélule réputée ne pas contenir de substance active! Il est donc possible qu'une partie de la potence des gélules actives se transmette en quelque sorte aux gélules dites inactives, mais cela relève de la physique théorique quantique. Les avantages d'un tel traitement progressif sont nombreux. Les potences croissantes permettent au remède homéopathique d'accompagner progressivement le patient depuis son pôle réactionnel somatique (6K) jusqu'au pôle psychique (MK). En homéopathie, tout le monde s'accorde d'ailleurs à dire qu'il ne faut jamais réduire les potences. Une cure ne demande aucun effort mental de la part de votre patient. Il lui suffit de suivre la numérotation. Cela s'avère parfois utile chez les enfants ou les patients âgés.
Le pluralisme de l’école française
Dans le cas des maladies aiguës et certainement chez les enfants, certains schémas cliniques se suivent rapidement pour former une sorte de mosaïque réactionnelle. C'est pourquoi je vous conseille à vos débuts de recourir à plusieurs remèdes complémentaires. Vous devrez généralement les prescrire en basses potences (5CH ou 30K). Selon cette vision tolérante de l'homéopathie, un schéma réactionnel est principalement de nature locorégionale et ne recouvre donc pas toujours (ou pas encore) la totalité de l'individu dans son interaction avec l'environnement, même si vous devez continuer à rechercher d’autres indices cliniques à caractère général (physique ou émotionnel). Ayez toujours en tête le trépied de Hering ! Étant donné que la pyramide réactionnelle n'est ici que partiellement respectée dans son approche, cela déplaît aux homéopathes unicistes pur jus qui remplaceront volontiers le vocable Similimum, avec un S majuscule, par simile, avec un s minuscule… Vous pouvez néanmoins faire du bon travail avec ces petits similia [sic]. Vos résultats ne seront peut-être pas aussi spectaculaires qu'avec l'unicisme, mais ils seront à la hauteur de vos attentes et de celles de vos patients qui ne demandent pas l’impossible! Votre homéopathie est comme un bon vin, elle s'améliore avec le temps et vous procure de plus en plus de plaisir grâce à la compréhension toujours plus profonde que vous en acquérez. Après quelques années, vous passerez sans doute en toute confiance d'un certain nombre de similia à un Similimum pour certains syndromes réactionnels courants.
En cas de lumbago aigu, il est parfois très difficile pour un homéopathe débutant de caractériser le Similimum à partir des symptômes locaux. Le patient vous dit qu'un faux mouvement a soudainement provoqué une douleur dans son dos (simile pour Arnica, ou Arnique des montagnes). Il a mal lorsqu'il tousse et au moindre mouvement (simile pour Bryonia, la Bryone blanche). En se levant, il ressent une raideur douloureuse dans le dos, mais la douleur s'atténue à mesure qu'il bouge (simile pour Rhus toxicodendron, le Sumac). Outre l'approche manuelle (orthopédie selon Cyriax, ostéopathie) de ce lumbago, vous pourrez prescrire avec succès les remèdes suivants : R/ Arnica 30K, Bryonia 30K, Rhus toxicodendron 30K, un tube de granules de chaque. S/ alterner les trois tubes toutes les heures et prendre trois granules, espacer les prises en cas d'amélioration. Récemment, j'ai eu affaire à un cas similaire, mais le patient m'a également dit que, depuis son lumbago, il avait la bouche sèche et une envie irrésistible de boire de l'eau froide à grandes gorgées (Similimum pour Bryonia). J’ai opté avec succès pour une approche uniciste : R/ Bryonia MK, une dose de globules. S/ À prendre immédiatement. Une autre patiente souffrait de bouffées de chaleur depuis son lumbago. Son visage était rouge et dégageait de la chaleur (Similimum pour Belladonna). Prescription : R/ Belladonna 200K, MK et XMK, une dose de globules de chaque. S/ 200K le jour 1, MK le jour 2, XMK le jour 3.
Dans ces deux cas, les symptômes concomitants indiquaient une propagation du schéma réactionnel local avec des manifestations étendues. On peut même comprendre ici la progression physiopathologique du simile vers le Similimum ! La douleur dans le dos se propage vers le haut du corps via l'orthosympathique paravertébral et provoque des troubles neurovégétatifs concomitants, caractéristiques de Bryonia ou de Belladonna.
Souvent, la fièvre chez un enfant est sèche au début. L'enfant a une forte fièvre, mais ne transpire pas et devient anxieux. Les pupilles sont en myosis ; vous pensez à Aconitum. Bientôt, l'enfant commencera à transpirer et à dégager de la chaleur, ses yeux étant en mydriase. C'est le syndrome réactionnel de Belladonna qui apparaît. Comme vous ne pouvez pas être au chevet de l’enfant jour et nuit afin d’administrer le Similimum uniciste au bon moment, votre prescription à l’attention des parents sera pragmatique et pluraliste : R/ Aconitum 30K et Belladonna 30K, un tube de granules de chaque. S/ Commencer par administrer trois granules d'Aconitum 30K toutes les demi-heures tant que la fièvre reste sèche. Lorsque l'enfant commence à transpirer, passer à Belladonna 30K, trois granules toutes les demi-heures, en espaçant les prises en cas d'amélioration. Ce qui ne doit pas vous empêcher d’effectuer toutes les visites à domicile nécessaires afin d’assurer un suivi évolutif.
Lorsque les voies respiratoires d’un enfant sont touchées par une infection grave, on observe d'abord une forte fièvre accompagnée de frissons, mais sans transpiration (Aconitum). Ensuite, le petit malade commence à présenter une toux sèche qui provoque des douleurs dans la poitrine. L'enfant se couche sur le ventre pour neutraliser les vibrations douloureuses dans la poitrine causées par la toux (modalité d’amélioration de Bryonia : « > » par une pression forte). À ce stade, la fièvre reprend et l'auscultation révèle une congestion pulmonaire naissante. La mère vous dira que l'enfant crache des expectorations de couleur rouille (Ferrum phosphoricum, ou phosphate ferrique). Vu l’intrication de ces trois syndromes réactionnels, votre prescription homéopathique sera à nouveau pragmatique et pluraliste : R/ Aconitum 30K, Bryonia 30K et Ferrum phosphoricum 30K, un tube de granules de chaque. S/ Alterner les trois tubes, administrer trois granules toutes les heures. Espacer les prises dès amélioration. R/ Pénicilline.
Un même raisonnement pluraliste s’applique dans le traitement de l'otite aiguë chez l'enfant. Trois remèdes entrent en ligne de compte : Belladonna, Ferrum phosphoricum, et Capsicum ou Piment rouge. Les deux premiers remèdes concernent le schéma réactionnel actuel avec rougeur du tympan (Belladonna) et congestion de la trompe d'Eustache (Ferrum phosphoricum). Capsicum a un impact sur l’os mastoïdien et protégera en quelque sorte l'enfant contre une éventuelle mastoïdite. Cette thérapie combinée pluraliste forme une synergie bénéfique et les complications de l'otite moyenne chez les enfants traités par homéopathie sont rares.
Dans le cadre d'une approche pluraliste des maladies chroniques, utilisez des tubes-granules et des doses-globules. Prescrivez les granules à faible potence hahnemannienne pour le traitement quotidien des symptômes principalement locaux. Les doses-globules peuvent être prises le dimanche. Elles contiennent une potence plus élevée d'un médicament à action profonde.
Dans le cas d'un eczéma sec chez un enfant de type Lycopodium, ou Lycopode, autoritaire et intelligent avec une poitrine étroite aux détriments d'un ventre développé, la peau est très sèche et les démangeaisons intenses, surtout la nuit. L'enfant se gratte jusqu'au sang, laissant apparaître de petites lésions sanguinolentes (Alumina ou alumine). De plus, la peau s'écaille et produit de fines pellicules blanches, comme du son (Arsenicum album ou anhydride arsénieux). Votre prescription sera la suivante :
R/ Alumina 5CH, un tube de granules. S/ Trois granules le lundi, mercredi et vendredi matin.
R/ Arsenicum album 5CH, un tube de granules. S/ Trois granules le mardi, le jeudi et le samedi matin.
R/ Lycopodium 7CH, trois doses-globules. S/ Une dose tous les trois dimanches
En guise de conclusion de l’homéopathie au sein d’une pratique conventionnelle
Vous avez reçu une formation médicale basée sur les acquis de la science moderne et vous n'allez pas, bien sûr, renoncer à ce savoir. En cas de situations pathologiques urgentes, d'état de choc ou de septicémie par exemple, vous recourrez à l'adrénaline, aux corticoïdes et aux antibiotiques. En cas de diabète insulinodépendant, vous ne toucherez pas à l'insuline et les patients psychotiques chroniques que vous suivez en homéopathie doivent continuer à prendre leurs psychotropes. Traiter les néoplasies exclusivement par l'homéopathie est une grave erreur qui peut avoir des conséquences médico-légales. Et n'oubliez pas qu'il existe encore une chose appelée chirurgie ! Ne laissez jamais un cancer opérable proliférer dans le corps d'un malade.
En règle générale, l'homéopathie ne peut remplacer la chirurgie ! Si vous marchez sur un clou, Hypericum ou le Millepertuis guérira la blessure, à condition que vous retiriez également le clou qui a transpercé la semelle de votre chaussure ! C'est un exemple évident. En revanche, dans les situations graves, potentiellement mortelles, où le remède pondérable a l’absolue priorité, rien n’empêche une homéopathie complémentaire de coexister avec les Contraires. Cette synergie donnera à vos patients les meilleures chances. Dans d'autres cas, l'homéopathie vous permettra de réduire la médication pondérable ou de la rendre plus supportable en ce qui concerne les effets indésirables. Le biothérapique d’origine animale Pyrogenium, peut vous aider à gérer les infections graves et sera systématiquement associé aux antibiotiques. Belladonna, Stramonium ou Pomme épineuse, et Hyosciamus ou Jusquiame noire, sont de bons complémentaires homéopathiques dans les états hallucinatoires. Veratrum album ou Varaire blanc, aide à stabiliser la psychose monomaniaque en association avec des psychotropes. Arsenicum album ou anhydride arsénieux, est utilisé avec succès en homéopathie pour soulager des malades atteints d'un cancer en phase terminale.
Dans les situations pathologiques qui ne mettent pas la vie en danger – et ces situations constituent tout de même une grande partie de vos consultations, l’homéopathie devra toujours être envisagée tout en restant vigilant sur le choix éventuel des Contraires après toutes les investigations paracliniques nécessaires. En fait, le choix le plus difficile dans une pratique de médecine conventionnelle n'est pas de passer des Contraires aux Semblables ou vice-versa, mais de les combiner sans dogmatisme. À mesure que votre enthousiasme pour l’homéopathie grandit, votre confiance en vous augmente également ce qui peut s'avérer dangereux car vous risquez de pêcher par excès de zèle. La médecine reste une leçon d'humilité. Plus vous grimperez les échelons du savoir homéopathique, plus la chute sera douloureuse si vous délaissez les acquis de la science et de la médecine modernes. Vous allez faire des dégâts, ce qui ne rendra service ni aux patients, ni à la fragile réputation de la Médecine des Semblables. Dans chaque situation pathologique, vous devez penser à la fois nosologie, nosographie, et syndrome réactionnel. L'ordre de ce schéma de pensée dépend de la gravité de la situation. Dans les infections bactériennes aiguës, vous garderez l’esprit pasteurien. Dans les affections virales, vous penserez et agirez plutôt de manière réactionnelle, mais ce n'est pas une règle absolue.
Tout diagnostic implique que vous effectuiez au préalable une anamnèse et un examen clinique approfondis, éventuellement complétés par la biologie clinique ou l’imagerie médicale. Vous pourrez ensuite passer à la prescription d’un ou de plusieurs Contraires ou opter pour un traitement homéopathique. Le plus souvent, en médecine conventionnelle, vous rechercher la mixité dans l’action thérapeutique, en recherchant un modus vivendi entre Descartes, Pasteur, et Hahnemann ! Cette vision omnipathique de l’Art de Guérir vous apportera une pleine satisfaction dans votre pratique journalière.