Résumé de l’article
L’Aconit et la Belladone ont traversé l’Histoire à la fois comme poisons et comme plantes médicinales. Étudiées sous l’angle de la présence authentique d’un système neurovégétal occulte au sein de l’Homo sapiens, les Essences d’Aconit et de Belladone interagissent favorablement avec l’orthosympathique et le parasympathique de la neurophysiologie moderne.
Tels des calques infinitésimaux de l’adrénaline et de l’atropine, les Essences d’Aconit et de Belladone se complètent et se compénètrent dans leur action. Elles enclenchent des phénomènes de rétraction et de dilatation de l’Humain souffrant qui lui permettent de survivre dans un environnement hostile.
Se créent ainsi des syndromes dits réactionnels d’Aconit et de Belladone, identifiables par la Médecine homéopathique et justiciables de remèdes authentiques, prescrits selon la galénique hahnemannienne ou korsakovienne : Aconitum et Belladonna.
Le Moine et la Belle dame
Aconit napel, ou Casque de Jupiter, ou Capuchon de moine, et Belladone, ou Belle dame, ou cerise du diable
Aconitum napel ou Capuchon de moine, et Belladonna atropa ou Belle dame sont deux plantes médicinales omniprésentes dans l’histoire de la médecine, qu’elle soit conventionnelle ou non. Comment pourrait-il en être autrement au regard de la Loi des Authentiques ? La prescription pondérable (vision de la maladie à partir des Contraires) ou infinitésimale (vision homéopathique de la maladie à partir des Semblables) de ces deux végétaux correspond, dans les faits, à offrir généreusement au malade une substance qu’il a déjà produite (créée…) dans un Champ majusculaire, et, ainsi, conforter un phénomène d’autoguérison conformément à l’adage : Natura vis medicatrix. Tant la motivation (allopathique, du grec allos, « autre », ou homéopathique, du grec homoios, « semblable ») de la prescription, que les doses utilisées, diffèrent selon les deux écoles de pensée qui dominent actuellement le monde médical ; en revanche et sciemment ou non, le but recherché est le même : par cet ajout altruiste, entrer en résonance vibratoire avec l’aconit ou la belladone éthérés, tous deux intrinsèques du malade, et, ainsi, accélérer la guérison en prévenant d’éventuelles complications.
Les syndromes réactionnels d’Aconitum et Belladonna sont extrêmement fréquents en médecine, tout particulièrement chez les enfants fiévreux, surtout lorsqu’ils couvent une petite maladie, qu’elle soit à visée exanthémateuse ou non. L’expérience de terrain révèle que ces deux syndromes se succèdent dans un ordre chronologique immuable (mais relatif comme je le démontrerai plus loin) : d’abord, celui d’Aconitum qualifié de fièvre sèche lequel est souvent très bref et peut échapper à la sagacité du praticien ; celui de Belladonna, ensuite, qualifié de fièvre humide, beaucoup plus long à faire son œuvre, et assorti ou non d’un exanthème bien dans l’esprit extériorisant de la « loi » de Hering. Vu sous l’angle des Authentiques, Aconitum napel et Belladonna atropa sont deux Essences à vocation neurovégétale, voire épigénétique si l’on tient compte de l’évolution des données de la biologie moderne qui étudie l’expression d’un génome humain, modifiable en temps réel. Dans un champ encore inaccessible à la physiologie des sens, les Essences du Moine et de la Belle Dame régulent les systèmes nerveux et vasculaires autonomes à partir de deux réactions occultes qui à la fois se compénètrent et se succèdent : l’une (Aconit) est excitante et se réfère à l’orthosympathique de la neurophysiologie classique, l’autre (Belladone) vise l’apaisement à partir du parasympathique. On remarquera, au passage, toute la symbolique spirituelle, bipolaire et sexuée, exprimée à travers la dénomination populaire de ces deux Essences : le capuchon de moine et la belle dame, tous deux marqués du Sceau du Seigneur selon Paracelse et devenus inséparables depuis la venue de l’Homo sapiens sur terre ! Les deux tableaux synoptiques qui vont suivre sont intéressants à plusieurs titres : ils offrent un résumé de la toxicologie suivi des connaissances inhérentes aux pathogénésies, ces deux types de données étant fortement intriquées; sont également mentionnées les utilisations allopathiques et les indications homéopathiques générales qui, au regard de la Loi des Authentiques, sont en fait identiques.
Aconitum
Tableau synoptique des données toxicologiques, expérimentales, et cliniques d’Aconit napel ; d’après Matière Médicale Homéopathique Clinique du Docteur Voisin.
Comment démêler cet écheveau confondant, d’une part, poison et remède, et mêlant, d’autre part, science et médecine ? Conformément aux Authentiques postulés par l’auteur de ces lignes, l’Essence d’Aconit est produite (ou créée…) au sein de l’Humain souffrant lorsque celui-ci est confronté à des agressions diverses : microbiennes (affections surtout d’origine virale), émotionnelles (peur et colère teintée d’indignation, principalement), et climatiques (vent froid du nord-est), communément appelées signes étiologiques en homéopathie, qui menacent d’interférer brutalement avec son Existence terrestre – ou qui sont perçues comme telles par le malade.
Le syndrome réactionnel d’Aconitum est violent, et confirmé par les données infratoxiques (provings), donc infinitésimales, de l’Aconit, reprises dans ce tableau synoptique du Docteur Voisin : « hyperhémie artérielle cérébro-spinale avec agitation physique et mentale ; anxiété et hyperesthésie générale ; spasmes toniques à partir des nerfs moteurs ; fourmillements et engourdissements à partir des nerfs sensitifs ». Avec un peu d’imagination, l’on peut entrevoir, en filigrane de cette réaction physiologique, l’homme des cavernes traqué par ses ennemis mais prêt au combat, bandant ses muscles et rendu insensible à la douleur par la fureur de survivre - laquelle a enclenché l’Aconit occulte.
le syndrome réactionnel d’Aconitum met l’individu en état d’alerte maximale. Une première action de l’Essence est la congestion de l’axe cérébrospinal et de ses prolongements (racines, plexus, nerfs périphériques). Congestion est un terme qui qualifie un état morbide selon la médecine conventionnelle et qui indique une accumulation de sang dans la partie centrale d’un organe lequel est censé augmenter de volume. Au regard des Authentiques, la congestion induite par l’Essence d’Aconit est d’abord un bienfait (!), une cogestion, laquelle indique la gestion commune de biens neurocirculatoires (et immunitaires) au service de l’homéostasie. La cogestion est une action essentielle de nombreuses Essences et se produit non seulement au niveau de l’axe cérébrospinal, mais aussi dans les organes internes (poumons, foie, reins, organes génitaux, pour ne citer que les principaux), lorsque les circonstances exigent que le mal, de quelque origine qu’il soit, doit être en quelque sorte circonscrit. La cogestion est un phénomène, salutaire, de rétention provisoire des humeurs de la périphérie vers l’intérieur, ce qui explique la phase sèche de certains syndromes réactionnels, au niveau de la peau ou des muqueuses notamment. Celui d’Aconitum avec sa fièvre sèche en est l’exemple évident, mais le syndrome réactionnel de Belladonna qui lui est chronologiquement très proche dans de nombreuses affections, est également sec à ses débuts. Faisant à nouveau référence à notre homme des cavernes aux abois, cette phase centripète de l’Essence d’Aconit lui permet en quelque sorte de se ramasser pour mieux bondir !
La colère qui fait pâlir l’individu en état de fight or flight est imputable à l’action de l’Essence d’Aconit qui, ainsi, co(n)gestionne le système nerveux central aux dépens de la circulation périphérique du visage. Le froid et certaines affections microbiennes, ou la combinaison des deux, enclenchent également le syndrome réactionnel d’Aconitum, car l’Essence de l’Aconit fait refluer le sang (et la chaleur) vers les organes internes aux dépens de la peau qui blanchit et se refroidit.
L’élévation de la température corporelle, communément appelée fièvre, fait partie intégrante de l’action initiale de l’Essence d’Aconit, mais est également l’apanage de nombreuses autres Essences (Belladone ou Belladonna, Noix vomique ou Nux vomica, Bryone ou Bryonia, etc.). Ce phénomène physiologique se produit concomitamment à la cogestion cérébrospinale, ce qui s’explique aisément par l’excitation des centres bulbaires responsables de la thermorégulation. La fièvre d’Aconit fut d’ailleurs un fait expérimental avéré lors des premiers provings d’Hahnemann et de ses disciples vers le début du XIXe siècle. Cette fièvre, due à l’Essence d’Aconit, frénatrice de la croissance des miasmes, est on ne peut plus bénéfique dans le syndrome réactionnel d’Aconitum lorsque l’étiologie se situe dans un contexte microbien ou de soudain refroidissement de la température corporelle (dans ce cas précis, l’Essence agirait de manière préventive comme Hahnemann l’a constaté avec la Belladone lorsqu’il l’a utilisée lors d’épidémies de scarlatine). Dès le stade de cogestion/rétention, une Essence va tenter d’extérioriser le miasme. On ne peut concevoir le syndrome réactionnel d’Aconitum dans sa composante microbienne sans tenir compte de son corolaire mental et émotionnel : la peur de mourir, laquelle s’inscrit dans un contexte de stress intense mettant l’individu en état de fight or flight. Rappelons que la colère (avec indignation) est en fait un miasme émotionnel, susceptible d’engendrer le syndrome réactionnel d’Aconitum.
Quelles sont les tentatives d’extériorisation du Capuchon de moine ? Cette Essence va d’abord, surtout dans un contexte étiologique de froid microbien, pousser le malade à transpirer et les sueurs chaudes profuses, n’intervenant que dans un stade tardif, font partie intégrante du syndrome réactionnel d’Aconitum, d’ailleurs confirmées par les provings d’Hahnemann et de ses disciples. Cette phase éliminatrice est très proche de celle qui va suivre en Loi des Authentiques et qui est induite (créée…) par l’Essence de Belladone. Il n’est d’ailleurs pas exclu de penser que cette dernière est déjà à l’œuvre en pleine phase réactionnelle d’Aconitum, tant les deux Essences se complètent et se compénètrent, ce qui donnerait du grain à moudre à la vision pluraliste, voire complexiste de la médecine homéopathique !
L’épistaxis fait partie intégrante des données expérimentales d’Aconit et est on ne peut plus salutaire voire salvatrice lors de congestion cérébrale d’origine hypertensive. L’épistaxis dans ce contexte aigu, connu sous le nom d’ictus apoplecticus, est donc bien une extériorisation due à l’Essence d’Aconit. Sa présence peut être suivie de l’apparition de l’Essence d’Opium à visée euphorisante, action bien connue de la science et de la médecine, lorsque l’ictus évolue défavorablement vers le coma. L’on comprendra aisément, dans ce contexte, toute la dangerosité à vouloir supprimer par cautérisation cette porte de sortie physiologique que sont les vaisseaux des fosses nasales.
L’effet purgatif de l’Essence d’aconit peut revêtir différentes formes : des vomissements, de la diarrhée, un flux abondant d’urine. Même une ménorragie peut apparaître. D’autre part, la Matière Médicale dit du Capuchon de moine qu’il est un remède de règles supprimées suite d’une grosse frayeur ! On assiste ici à toute la subtilité de l’Art homéopathique qui consiste à concevoir deux symptômes, à première vue en opposition, mais faisant partie du génie d’un même remède (suppression des règles et ménorragie) à travers la réalité d’une seule Essence, en fonction du stade réactionnel : cogestion/rétention (suppression des règles) ; extériorisation/élimination (ménorragie). Compte tenu des Authentiques, ces signes cliniques et pathogénétiques, contradictoires mais parfaitement compatibles en fonction de l’évolution du malade, ne sont pas l’apanage des seules muqueuses génitales car tous les appareils peuvent être concernés par cette dualité réactionnelle d’Aconitum: respiratoire, avec sa toux à la fois sèche, spastique et productive ; urinaire avec la polyurie, mais aussi la dysurie et les ténesmes voire la rétention urinaire ; intestinale, avec la diarrhée mais aussi la constipation et les ténesmes.
Les symptômes qui extériorisent et éliminent feront partie intégrante du syndrome réactionnel d’Aconitum et nous les retrouverons en effet au décours de maladies justiciables d’un traitement bien conduit au moyen de potences authentiques de ce Végétal qui préside à la destinée de notre système neuro-végétatif dans sa phase sthénique. L’action purgative de certains organes, l’estomac et les intestins plus particulièrement, au sein du syndrome réactionnel d’Aconitum, pourrait aussi indiquer le besoin de l’organisme malade de se débarrasser de cette Essence, devenue poison par sa présence prolongée après qu’elle eût accompli son Grand-Œuvre de cogestion/rétention. Ce phénomène réflexe de désintoxication autonome est bien connu et admis en toxicologie moderne qui traite des doses pondérables. L’hypothèse de travail serait que l’imprégnation à visée autocurative d’un aconit, fût-il infinitésimal et authentique, n’échapperait pas à cette règle.
D’autres symptômes, tels que le larmoiement, la salivation, les éternuements avec coryza fluant, qui, expérimentalement et/ou cliniquement, font partie intégrante du génie du Capuchon de moine, doivent être interprétés dans un contexte extériorisant, bien que la vocation première de cette Essence soit d’abord de cogérer et de retenir. D’autres Essences vont mettre l’accent sur l’extériorisation des miasmes : la Belladone (Belladonna) qui va suivre, mais aussi l’Anémone pulsatile (Pulsatilla), qui vont ramener le mal vers les muqueuses (qui vont sécréter) et vers la peau (qui va présenter de l’exanthème). La peau est mentionnée comme exutoire au sein des provings d’Aconit sous forme de petits boutons rouges. Déjà, le fait que les Matières Médicales indiquent que la peau d’Aconitum chez un fiévreux est rouge et chaude (en plus de sa sécheresse), semble indiquer que le Moine tente un premier effort d’extériorisation du miasme vers la peau qui va sortir la chaleur interne. Mais ce rôle est d’abord dévolu à sa commère, la Belle dame. L’étude de Belladonna fait l’objet du chapitre suivant.
Belladonna
Tableau synoptique des données toxicologiques, expérimentales, et cliniques de Belladonna; d’après Matière Médicale Homéopathique Clinique du Docteur Voisin.
Au regard de ce tableau, l’on doit constater que, dans un premier temps, l’Essence de la Belle dame conforte l’action du Moine : il y a cogestion des centres nerveux et l’effet atropinique de l’Essence de la Belladone contribue, à travers la paralysie du vague, à la stimulation de l’orthosympathique dans sa composante cardio-vasculaire (tachycardie, élévation de la pression artérielle). À l’instar d’Aconit, la sécheresse est bien présente dans les données expérimentales, cliniques, et toxicologiques de la Belladone. Ceci pourrait suggérer que la Belle dame joue les prolongations dans le phénomène de fight or flight ou de cogestion/rétention induit par son compère le Moine.
Ce qui caractérise typiquement la présence de l’Essence de la Belladone au sein de son syndrome réactionnel, est la mydriase, ou dilatation pupillaire, laquelle annonce le retour au calme après la tempête d’Aconit. Il est communément admis, surtout dans les milieux de l’homéopathie clinique, que cette mydriase suit le myosis du stade Aconitum, bien que celui-ci soit parfois très furtif. La contraction pupillaire semble être une donnée logique dans le contexte de fight or flight, mis en scène par le Moine : le myosis permet le regard perçant et met en avant la couleur de l’iris ce qui peut être un atout supplémentaire de dissuasion face à des prédateurs éventuels. Il est intéressant de noter que la neurophysiologie moderne considère la colère comme un élément déclenchant d’un myosis, cette colère étant également un signe étiologique primordial de l’apparition du syndrome réactionnel d’Aconitum !
Le fait que la mydriase soit évoquée dans les provings de la Belladone mais aussi dans ceux de l’Aconit, est un argument de plus en faveur de la compénétration de ces deux Essences ou de leur caractère amphotère, du grec ancien amphoteros (« chacun des deux »), qui désigne, dans le contexte qui nous préoccupe, la faculté pour les alcaloïdes d’Aconit et de Belladone d’interférer à la fois avec le parasympathique et l’orthosympathique. Il est communément admis que la dilatation pupillaire se produit sous l’influence atropinique de la Belladone qui inhibe le parasympathique, et l’école homéopathique admet tout aussi communément que la contraction de cette pupille fait partir du syndrome réactionnel d’Aconitum, ce qui sous-entend la stimulation de l’orthosympathique dans le myosis. Cependant, tout n’est peut-être pas dit en matière de neuroscience surtout si celle-ci se situe au niveau de ces neurotransmetteurs végétaux et infinitésimaux que sont les Essences du Moine et de la Belle dame !
Au regard des signes étiologiques induisant (créant…) l’Essence de Belladone au sein du Sapiens en souffrance, force est de constater qu’ils sont très proches de ceux d’Aconit. Dans la rubrique affections après colère et vexation, etc. du chapitre Psychè du Répertoire de Kent, on retrouve Aconitum au troisième degré, et Belladonna au deuxième ; idem pour les rubriques Affections après anxiété et Affections après colère et frayeur. Une belle confirmation que ces deux Essences se suivent en intensité et en importance au sein de deux syndromes réactionnels très proches l’un de l’autre !
Froid et colère font le lit de l’infection microbienne qui fait la part belle à la vision pasteurienne des maladies. L’expérience clinique homéopathique démontre que les virus grippaux enclenchent plus facilement la réaction d’Aconit à polarité co(n)gestive et thermique, tandis que les bactéries, plus particulièrement les streptocoques du groupe A, responsables de la scarlatine, favoriseraient plutôt la réaction de la Belladone et sa tendance à l’exanthème. Ceci n’a rien d’absolu et l’expérience clinique de la rubéole et de l’érythème infectieux, encore appelé cinquième maladie, démontre que l’Essence de Belladone est également présente au sein de maladies étiquetées de virales par la science moderne.
Nous en savons suffisamment sur ces deux Essences pour affirmer qu’elles sont toutes deux chronologiquement présentes dans les pathologies précitées, même si l’apparition de l’une ou l’autre est furtive et peut passer inaperçue aux yeux de praticiens exercés. Une Essence à haute polarité neurovégétale et éliminatrice, telle celle de la Belladone, se manifeste de manière très précoce lors d’épidémies où l’on peut supposer que l’épigénétique est sollicitée au tréfond de larges couches de la population. En témoigne le succès remporté par Hahnemann lors d’une épidémie de scarlatine maligne en 1801. A cette époque, elle était encore désignée sous les noms de fièvre synoque et de milliaire pourprée, produisant des fièvres prolongées et épuisantes, s’attaquant aux éléments figurés du sang et perturbant sa coagulation. Dans son article « Sur les moyens de traiter et de prévenir la scarlatine », il décrit non seulement les vertus curatives de la Belladone diluée et dynamisée dans la maladie exanthémateuse avérée, mais aussi ses vertus préventives chez les sujets encore sains qui étaient en fait au stade d’incubation, que l’on définit par la période de latence entre la contamination d’une maladie infectieuse et son début clinique. Au regard des Authentiques, il faut avancer l’hypothèse que les potences de Belladonna, administrées par Hahnemann, ont interagi bénéfiquement avec l’Essence intrinsèque de la Belle dame ayant déjà imprégné le malade in spe. Ce qui induit cette mise en résonance de la Belle dame endogène et de sa Consœur exogène, ce qui, en définitive, semble avoir produit un effet préventif sur l’apparition visible de la maladie et de ses complications éventuelles, fera sans doute encore longtemps partie des grands mystères de la médecine.
L’exanthème induit par l’Essence de la Belle dame est d’abord un phénomène qui extériorise le miasme, avant de faire véritablement partie de la maladie proprement dite même si conventionnels et non conventionnels confondus utiliseront bien volontiers ce signe externe au niveau de la peau pour cataloguer cette maladie, selon les contraires ou les semblables. En effet, les pasteuriens utiliseront prioritairement le terme de scarlatine à streptocoques du groupe A, tandis que les homéopathes y verront d’abord un syndrome réactionnel de Belladonna. À ce stade de la discussion, il me semble important de mettre l’accent sur la complémentarité de ces deux visions de la maladie – et de la médecine. En effet, si une scarlatine de Belladonna ne réagit pas favorablement aux potences de cette dernière et si la maladie s’enfonce dans les complications, dont celle, gravissime, de scarlatine maligne qui décompose le sang, tout médecin sensé aura à cœur de combiner sa prescription de Belladone à celle d’un antibiotique sur base de l’identification du germe et de son antibiogramme. Le docteur Vannier disait d’ailleurs que tout bon médecin doit être homéopathe ou allopathe selon les circonstances !
Rubor et calor sont les deux mamelles (…) du syndrome réactionnel de Belladonna, et l’exanthème avec sa rougeur (souvent écarlate ce qui a donné le nom de scarlatine) et sa chaleur rayonnante en est l’exemple évident. Ce phénomène existe aussi dans les angines à streptocoques et les abcès en formation, justiciables de Belladonna en potences. L’Essence de la Belle dame, dans son action, semble très proche de celle de son compère le Moine, qui, lui aussi, extériorise le miasme par la chaleur de la peau, laquelle, en principe, demeure sèche contrairement à celle de la Belladone qui a tendance à devenir moite. Au vu des données toxicologiques (éruptions scarlatiniformes) et pathogénétiques (hyperémie des capillaires avec transpiration) décrites plus haut dans le tableau synoptique du docteur Voisin, force est de constater que la Belladone est d’abord une Essence végétale à tropisme artériel visant le derme comme ultime organe cible, bien dans la philosophie d’une Essence autoguérisseuse qui tente de ramener le miasme (et le mal) à la peau. Ce flux capillaire et artériel inhérent au syndrome réactionnel de Belladonna est propice à la concentration d’éléments figurés du sang, les globules blancs et les macrophages notamment, qui vont cogérer la défense immunitaire. Cela semble évident dans les angines et les abcès chauds en formation justiciables de Belladonna. L’Essence végétale d’Aconit, en revanche, aurait donc un tropisme prioritairement nerveux, voire neuromusculaire. Ce discernement exige à nouveau la plus grande circonspection, car les systèmes nerveux et vasculaires sont intriqués sur le plan anatomique et physiologique, sans oublier que le tube neural et la peau dérivent tous deux de l’ectoderme embryonnaire.